L’IA et la formation : 5 révélations contre-intuitives sur le vrai rôle du formateur de demain
- 8 déc. 2025
- 6 min de lecture
Dernière mise à jour : 12 déc. 2025
Introduction : le remplacement n'aura pas lieu (mais la révolution, si)
Face à l'essor des plateformes en ligne et des intelligences artificielles génératives, la préoccupation grandit : un avenir sans formateurs est-il en train de se dessiner ? La peur de voir les algorithmes et les robots conversationnels remplacer ce passeur de savoirs qu'est l'humain est légitime. À première vue, l'IA semble capable de prendre en charge l'assistance pédagogique, la génération de contenus, l'évaluation et même la personnalisation des parcours, menaçant de rendre le formateur superflu.
Pourtant, la réalité stratégique est bien plus subtile et surprenante. Une analyse approfondie du cadre juridique et des impératifs pédagogiques révèle des vérités contre-intuitives qui redéfinissent complètement l'avenir de ce métier. Loin du cliché du remplacement, cet article dévoile cinq paradoxes qui montrent pourquoi le formateur de demain n'est pas celui que l'on croit et comment sa valeur ajoutée se déplace vers des compétences purement humaines, là où l'IA ne pourra jamais le concurrencer.
1. IA et formateur : Le paradoxe légal entre formateur et IA
Le premier constat est déroutant. En France, la fonction de formateur n'est pas réglementée. À l'exception de quelques secteurs très spécifiques (sécurité, santé), aucun diplôme ni titre obligatoire n'est requis pour exercer. En théorie, n'importe qui peut se déclarer formateur, même si pour intervenir dans le champ de la formation professionnelle, une déclaration d'activité (NDA) ainsi que la capacité à justifier des compétences dans les domaines enseignés s'avèrent requis.
Malgré cette apparente liberté, une intelligence artificielle ne peut pas, légalement, être un organisme de formation. Le Code du travail, dans son article L6351-1, est formel : toute "personne" qui réalise des actions de formation doit déposer une déclaration d'activité. Or, dans une approche juridique classique, le terme "personne" désigne une personne physique ou une personne morale, toutes deux dotées d'une personnalité juridique. L'IA, n'étant ni l'une ni l'autre, est de fait exclue.

La conclusion est contre-intuitive : la barrière principale qui empêche aujourd'hui une IA de remplacer entièrement un formateur n'est pas une question de compétence pédagogique, mais un obstacle juridique fondamental. Son absence de statut de "personne" lui interdit d'entrer sur ce marché réglementé.
2. L'angle mort réglementaire : le droit ne sait pas définir le "seuil d'humanité"
Si la fonction de formateur est libre, l'activité de formation, elle, est strictement encadrée. Les organismes de formation ont l'obligation de justifier à tout moment des "titres et qualités" de leurs intervenants. Autrement dit, ils doivent prouver qu'ils placent la bonne personne, humaine et qualifiée, face au bon public. Le non-respect de cette règle expose le dirigeant à une amende de 4 500 euros et, bien plus grave, à la perte de son autorisation d'exercer. Du jour au lendemain, il n'est plus autorisé à vendre de la formation.
Cependant, le droit actuel présente un angle mort majeur. Bien que l'encadrement humain soit implicitement obligatoire, aucun texte ne définit de "seuil d'humanité" ou de ratio minimal d'intervention humaine, particulièrement pour les formations 100% à distance. Quelle part d'automatisation est acceptable avant qu'une action de formation ne soit plus considérée comme telle ?
Le dilemme est parfaitement illustré par cette analyse juridique :
"Un prestataire qui se limiterait à reproduire, à l'aide de l'IA, des interventions humaines pour les mettre à disposition des apprenants sur une plateforme numérique ne réaliserait pas une action de formation. Il fournirait, au mieux, une prestation de service."
Cette absence de définition crée une incertitude majeure. Le droit est "pris de court" par la technologie, et l'appréciation de la conformité se fera "au cas par cas" par les agents de contrôle. Votre modèle économique est-il prêt à défendre son "seuil d'humanité" lors d'un contrôle ?
3. La vraie menace n'est pas le remplacement, mais l'obsolescence de l'expertise
Le débat sur le remplacement du formateur par l'IA détourne l'attention de la véritable urgence stratégique : l'obsolescence de l'expertise. Selon une analyse de l'OCDE, le constat est une mise en demeure : dans les années 80, la durée de vie d'une compétence métier était de 30 ans. Aujourd'hui, elle n'est plus que de 8 mois pour une compétence digitale.
Cette accélération fulgurante change tout. Si un formateur base l'intégralité de sa valeur ajoutée sur la transmission d'une expertise technique, il devient aussi obsolète que le savoir qu'il enseigne. Puisque l'IA surpasse l'humain en transmission d'informations périssables, le formateur doit abandonner ce terrain et se consacrer exclusivement à la transformation, qui est pérenne.
La mission du formateur pivote donc stratégiquement. Il ne s'agit plus d'être la source unique du savoir, mais de devenir un "facilitateur d'apprenance", c'est-à-dire un architecte des conditions qui favorisent l'autonomie et l'engagement de l'apprenant. Son rôle n'est plus de transmettre un contenu périssable, mais d'aider les apprenants à développer des compétences durables : la capacité à apprendre tout au long de la vie dans un monde en perpétuel changement.
C'est ici que l'expérience de terrain prend toute sa valeur. Loin d'un savoir théorique figé, c'est la capacité à illustrer, à contextualiser, à relier les concepts à des situations vécues qui devient un atout décisif. Ce sont les professionnels de terrain ayant accompagné des dizaines de parcours réels — comme ceux d'ABCDZ — qui sont les plus à même de faire émerger cette capacité d'adaptation chez leurs apprenants.
4. La nouvelle compétence clé : gérer l'incertitude et l'ambiguïté
Si le formateur ne peut plus rivaliser avec l'IA sur la transmission d'informations, où se situe sa nouvelle valeur ?
Un modèle d'analyse simple permet de clarifier la répartition des tâches. Les intelligences artificielles sont excellentes pour gérer la volatilité (le changement rapide d'informations) et la complexité (le traitement de millions de données interconnectées).
En revanche, la véritable valeur ajoutée humaine réside dans la gestion de l'incertitude (lorsqu'on ignore ce qui va se passer) et de l'ambiguïté (lorsque l'information est floue, contextuelle ou incomplète). C'est précisément là que l'IA atteint ses limites. Elle est entraînée sur des données passées et peine à naviguer dans le flou, le non-dit et l'imprévu.

Le formateur de demain doit donc se spécialiser dans ces compétences purement humaines. Il doit apprendre à déléguer la complexité à l'IA pour se concentrer sur des postures que seule sa condition humaine lui permet d'adopter :
Prendre la perspective de l'apprenant : Comprendre ses besoins réels, son contexte, son historique et ses perceptions, des éléments auxquels l'IA n'a qu'un accès limité et désincarné. Cette aptitude se construit avec l’expérience : situations vécues, erreurs analysées, échanges réels. Un formateur aguerri capte les signaux faibles, repère les blocages invisibles et ajuste son accompagnement avec finesse. Cette lecture fine repose sur une véritable expérience de terrain, partagée au sein d’équipes engagées comme ABCDZ.
Accepter les émotions : Reconnaître et gérer la dimension émotionnelle de l'apprentissage (peur de l'échec, manque de confiance, frustration), qui est un facteur clé de l'engagement et de la réussite.
Offrir des choix signifiants : Proposer des options qui obligent l'apprenant à réfléchir à son parcours et à ses objectifs, le rendant ainsi acteur et agent de sa propre formation, plutôt que simple consommateur d'un parcours adaptatif opaque.
Démontrer l'utilité : Relier l'apprentissage au contexte personnel et professionnel de chaque individu, en expliquant pourquoi une connaissance est pertinente pour lui, une tâche que l'IA peine à réaliser avec authenticité.
Ces postures ne sont pas de simples "soft skills" ; elles constituent la preuve tangible de "l'encadrement humain" et des "titres et qualités" que le droit exige mais peine à définir. C'est votre meilleure défense juridique et votre plus grande valeur ajoutée.
5. La mission ultime : passer de la transmission à la transformation
En définitive, l'IA, même la plus performante, reste un outil d'exécution. Elle peut générer du contenu, poser des questions et évaluer des réponses, mais elle n'a pas "d'intention pédagogique" propre. Elle exécute des instructions sans comprendre la finalité humaine profonde de l'acte de formation.
En comparant l'IA à l'expérience de terrain on pourrait dire que former, ce n’est pas transmettre : c’est transformer.
La véritable formation n'est pas un simple transfert d'informations d'un émetteur vers un récepteur. C'est un acte humain complexe qui vise à transformer les individus. Cet acte mobilise une intelligence relationnelle, émotionnelle et situationnelle que l'IA ne maîtrise pas. Il s'agit de comprendre les motivations profondes, d'accompagner le changement, de créer un cadre de confiance et de faire preuve de discernement.
Transformer suppose de guider avec justesse, de choisir le bon moment, le bon mot, le bon outil. Et cela ne vient pas uniquement d'un savoir pédagogique ou méthodologique, mais aussi d'un vécu, d'une capacité à faire des liens entre des expériences passées et des situations présentes. Ce que l'IA ne peut reproduire, c'est ce capital humain, nourri d'essais, de réussites et parfois d'erreurs formatrices.
Si l'intelligence artificielle peut être un formidable levier pour la transmission, l'humain lui reste au cœur de la transformation.
Conclusion : êtes-vous le formateur que l'IA ne pourra jamais devenir ?
Le débat sur le remplacement du formateur par l'IA est un faux débat.
La véritable question est celle de sa redéfinition. Le cadre légal protège, pour l'instant, la place de l'humain par des barrières inattendues, mais l'opportunité stratégique est de se spécialiser dans ce que l'IA ne peut faire : gérer l'ambiguïté, orchestrer la relation humaine, et viser non la transmission de savoirs, mais la transformation des individus.
La question n'est donc plus de savoir si l'IA vous remplacera, mais si vous êtes déjà en train de devenir le formateur que l'IA ne pourra jamais être.





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